Vanilla Sky

Posté par La Tique Ciné le 6 novembre 2018

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On a vu Tom Cruise dans de nombreux registres, et le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il a prouvé son talent dans quasi toutes ses apparitions. Une fois encore, il ne déroge pas à la règle dans Vanilla Sky. Mais avant de commencer cette critique, faisons un point sur le synopsis!

David Aames est un éditeur New Yorkais qui entretient une relation purement physique avec Julie. Le jour où il rencontre Sofia, c’est le déclic: elle deviendra sa femme! Débute alors une belle histoire d’amour, et tout va pour le mieux. C’est sans compter sur la jalousie de Julie, qui ne vit que pour David. Ne supportant pas de se faire rejeter, elle provoque un accident de voiture dans lequel elle trouvera la mort et il sera atrocement défiguré. Au retour de sa convalescence, David essaye de reprendre sa vie là où il l’avait quitté. Mais tout à coup, le monde entier semble le rejeter, y compris Sofia. Alors qu’il sombre dans le désespoir, Sofia lui avoue son amour et sa vie reprend de plus belle. Cerise sur le gâteau, la science lui rendrait son visage d’origine grâce à la chirurgie réparatrice.

Bon, OK, dit comme ça, même moi je passe mon chemin. Et pourtant, je suis bon public. Le synopsis très peu vendeur et dégoulinant de surviving, de mélo, et de relations sociales. Mais il cache en fait un thriller psychologique de taré grâce à un twist totalement inattendu.

Après avoir posé le personnage de David, nous le voyons paré d’un masque sur le visage, la voix déformée, et interrogé par ce qui semble être un psychiatre en prison. Ce médecin, Mc Cabe, cherche à lui faire recouvrer la mémoire, ou du moins lui faire admettre un moment clé qui l’a envoyé dans cet endroit. Et le contraste entre sa vie d’avant (parfaite, réussite professionnelle, succès auprès des femmes, etc) et sa vie maintenant (le masque indique une grave blessure, la prison indique un acte criminel, son comportement indique une certaine folie), nous pousse à vouloir savoir ce qui a bien pu se passer pour qu’un homme tel que lui tombe aussi profond au fond du gouffre.

Durant tout le film, nous serons transporté tantôt dans ses souvenirs, tantôt dans le présent pour analyser et faire un constat. Nous comprenons alors petit à petit la folie qui le touche quand dans ses souvenirs, nous voyons quelques incohérences. Alors qu’il mène une belle vie avec Sofia, que son visage est reconstruit, il se met à voir Julie à la place de sa belle, prétendant être Sofia.

Vous connaissez sans doute ces moments où vous êtes dans une situation désespérée et où vous vous imaginez que tous vos espoirs se réalisent. Que diriez-vous si contre toute attente logique, cette délivrance devenait réelle? Comme David, on saurait que quelque chose cloche, mais sans pouvoir mettre le doigt dessus. On sent comme un bug dans la Matrice, mais la blague est trop longue et trop réelle pour être le fruit de notre imagination. Alors, on se résigne et on y croit. On profite. On se réjouit d’avoir fait confiance. Et on croit aux miracles. Et quelque part, on culpabilise d’être parano.

Alors que penser quand ce beau rêve nous est enlevé? Voire pire: quand il n’est pas tout à fait ce que nous pensions? Dans le cas de David, c’est très compliqué. Est-ce une hallucination de sa part lié au traumatisme de son accident? Julie fait clairement référence à l’accident de voiture, ainsi qu’au sentiment de harcèlement et la question de l’engagement amoureux. Le fait d’échanger le visage de Sofia et de Julie fait également référence à la reconstruction du sien, ainsi qu’à la relation qu’il a eu avec les deux.

C’est quand il voit le visage de Julie sur les photos de couple où était Sofia qu’il commence à douter de lui. De son jugement. De ses yeux. Mais étrangement, pas de son coeur. Il a toujours aimé Sofia. Il veut Sofia. Et voilà ce qui le mènera à cette prison.

Jusque là, nous avons eu le droit à un bon thriller. Il est barge, il est en prison. Eh ben non, Cameron Crowe n’en a pas fini avec vous! En réalité, David a choisit de se suicider afin de faire cryogéniser son corps. Et de surcroît, de rêver d’une vie parfaite selon lui. Dans laquelle il vit le grand amour avec Sofia, dans laquelle son visage redevient beau, et dans laquelle tout se passe pour le mieux.

La scène sur le toit de l’immeuble, où se déroule cet incroyable twist final, est extrêmement riche en révélations. Et chaque révélation nous redonne du souffle dans ce thriller angoissant, et suffocant. A noter le dernier coup de pression hilarant du scénariste lorsque David, pour prouver que l’intervenant dit la vérité concernant le contrôle mental de son environnement, dit que la venue de Mc Cabe sur ce toit serait logique. C’est alors que Mc Cabe ouvre la porte à la volée, et annonce de manière très convaincante que l’agence et l’intervenant font partie d’un complot, qu’ils sont extrêmement dangereux et prêts à tout. Franchement, comment ne pas le croire? Surtout quand on sait que le moyen de se réveiller est de sauter du toit de l’immeuble…

Dans ce film, nous voyageons sans arrêt entre vérité et doute. Le rythme est intéressant d’ailleurs. Car les périodes du début sont longuement expliquées. Les scènes sont longues, et très cohérentes. Et de plus en plus, elles raccourcissent en temps, nous faisant sauter de l’une à l’autre dans un rythme de plus en plus soutenu. La preuve en est donc avec cette scène sur le toit, qui ne dure que quelques minutes, mais extrêmement convaincante. L’arrivée de Mc Cabe donne également une scène de quelques minutes à peine, mais qui nous convainc tout autant.

Au final, c’est pareil dans la vie. Notre conviction met du temps à s’effriter au départ. Mais plus on nous souffle le chaud et le froid, et moins nous arrivons à rester convaincu d’une précédente vérité. Au final, notre esprit « fige », c’est-à-dire qu’il se tient prêt à croire la première chose que l’on nous dit, même si elle va à l’encontre de ce que nous pensons savoir. Les manipulateurs font preuve de cette adresse. Ils bouleversent votre esprit grâce à des vérités et contre-vérités, ou des changements d’humeur, ou des attentions à votre égards, etc, à un rythme de plus en plus soutenu.

J’ai pas l’impression d’être très claire, donc je vais parler par métaphore: lorsque vous tenez un petit animal au creux de vos mains (les enfants, ne faites pas ça chez vous hein!! XD). Il va bien, il est calme, sûr de lui, et en confiance. Vous le balancez d’une main à l’autre gentiment, et doucement. Il « perd pied » (ici, l’expression est juste), et commence à se battre pour garder l’équilibre. Il devient moins sûr de lui. Puis vous continuez, mais en accélérant petit à petit. Cela devient plus violent, plus soudain, et sans offrir de période de repos à l’animal, qui s’épuise à force de se défendre. Lorsque vous arrêtez, l’animal est sonné, titubant, et à la merci de tout ce qui peut vous passer par la tête. Voilà, c’est qu’une image, bien sûr, mais dans l’esprit, c’est ça, la manipulation. Ou plutôt l’asservissement d’un esprit. Sur ce toit, à l’arrivée de Mc Cabe, nous sommes comme cet animal: déboussolé. Et l’apparition de Bryan, l’ami de David, qui n’est ni vue ni expliquée, mais illogique, nous prouve que tout ceci est irréel, comme le dit l’intervenant. Etant la dernière vérité que l’on nous présente, nous la prenons pour acquise.

Cette révélation ouvre définitivement nos poumons. Si Mc Cabe est le produit de l’imagination de David, celui-ci n’était pas en prison. Donc il n’y a pas eu de meurtre. En fait, il se rend simplement compte que son subconscient s’est défendu contre le rêve. Le rêve est devenu une prison pour son esprit. Il trouve alors la réponse à la question que Julie lui avait posé dans la voiture: « pour toi, c’est quoi le bonheur? ». Le bonheur, pour lui, c’est de vivre quelque chose de vrai, même si la vérité est plus laide. Il voulait vivre un vrai amour avec Sofia, donc Julie a tenté de le punir pour ça. Il a prit peut de la réalité et s’est réfugié dans ses rêves. Mais tout ceci lui a fait surmonter ses peurs, et il est de nouveau prêt à se confronter au réel.

Alors certes, il y a beaucoup de messages et de lectures dans ce film. Il y a surtout une très grande preuve du talent de manipulation des scénaristes de génie Alejandro Amenábar, Mateo Gil, et Cameron Crowe. Et une énorme claque pour tout spectateur ayant correctement suivi ce film. Car qu’on le veuille ou non, il est, je pense, impossible de ne pas se faire malmener par le scénario tant il y a de vérités auxquelles adhérer. D’une manière ou d’une autre, nous trouvons notre bonheur dans le dénouement, et quelque part, dans ce soucis des scénaristes à jouer avec nous.

Prenez garde à ce que vous souhaitez, au cas où cela arriverait, comme on dit. Si je devais retirer une morale de ce film, ce serait de rêver, mais tant qu’il nous pousse à évoluer dans la réalité, et de ne surtout pas la perdre de vue. Car au final, c’est ce qui compte le plus: la vérité.

 

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